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Juriste en droit de l'animal .Coordinateur de EGALS (Educational Group for Animal Law Studies- http://egals.university/).Chargé d'enseignement en droit de l'animal /Université de Strasbourg. Membre du Steering Committee du GAL Project(https://www.globalanimallaw.org/interviews/jean-marc-neumann.html)

samedi 19 novembre 2016

Zoo de Paris: des difficultés qui étaient previsibles !

Le Figaro a publié hier (page 28 cahier "Culture") un article intitulé "Zoo pointé" qui fait le point sur la situation décevante du zoo de Paris (anciennement connu sous le nom de zoo de Vincennes) qui a avait rouvert ses grilles en avril 2014.
La fréquentation  est bien plus faible qu'espérée: 750'000 visiteurs au lieu des 1,4 millions escomptés et nécessaires pour permettre d'équilibrer les comptes.
Alors pourquoi ?
Ce n'est pas que le seul climat général et la baisse constatée plus largement du nombre des visiteurs à Paris après les attentats qui est en cause.
Trois raisons principales expliquent de mon point de vue (j'avais prédit les difficultés du zoo avant sa réouverture dans mon article paru dans le numéro du mois d'avril 2014 de la revue trimestrielle de la LFDA-téléchargeable sur le lien ci-après):
- un moyen de financement dont tout le monde devrait maintenant savoir qu'il est coûteux et risqué pour la collectivité territoriale et juteuse-très juteuse- pour les rois du béton: le PPP (Partenariat Public Privé); en somme quand une collectivité territoriale veut se doter d'un équipement sans en avoir les moyens, elle s'adresse à un constructeur comme BOUYGUES ou VINCI qui finance entièrement l'opération et en reste propriétaire jusqu'à la fin du "partenariat" qui, en l'espèce, dure 25 ans et paiement intégral des redevances annuelles (en moyenne 12,5 millions d'euros par an pour le zoo de Paris !) calculées sur des recettes prévisionnelles.
Pour le zoo de Paris, le partenariat partait d'une hypothèse de 1,4 millions de visiteurs annuels en moyenne...on en est bien loin. Rassurez-vous, si difficultés il y a , le seul risque est porté par la collectivité territoriale...et les contribuables qui devront alors mettre la main à la poche; en résumé, zéro risque pour les rois du béton, risque totalement à la charge des collectivités territoriales et des contribuables !
- un concept de zoo innovant: en faisant le choix, original et à vrai dire très intéressant, de créer un espace plus respectueux des animaux (moins d'animaux exposés, plus d'aires de retrait pour les animaux, des biozones reproduisant les milieux d'origine des animaux), les promoteurs ont fait un pari risqué; en effet, les animaux sont moins nombreux que dans un zoo "classique" (certaines espèces emblématiques sont même absentes comme les éléphants et ours) et surtout ils ont la possibilité de se retirer et de se mettre à l'abri du regard des visiteurs...Bien pour les animaux, moins séduisant pour les visiteurs !
- enfin, l'explosion du prix des billets ; un billet trois fois plus cher qu'auparavant (22€) "élimine" déjà une frange importante de la clientèle potentielle; alors qu'avant; une promenade dominicale au zoo de Vincennes était à la porté de familles modestes, aujourd'hui, l'accès est réservé à une clientèle plus aisée... L'explosion du prix étant, elle aussi, la conséquence du coût de l'opération et du principe même du PPP.
Un visiteur qui paye cher son entrée avec ses enfants veut voir des animaux; en n'en voyant que peu et souvent de loin (et encore parfois même pas s'ils se sont retirés à l'abri des regards), il est naturellement déçu et n'en fait pas la promotion.
La fréquentation, dès lors, ne peut qu'être décevante et l'opération ne peut que tourner au fiasco.
Le zoo de Paris est désormais à la recherche d'idées novatrices génératrices de recettes.
Des petits déjeuners avec des girafes et autres "évènements" sont proposés à des prix élevés...cela suffira t-il à équilibrer le budget et à limiter la "casse" ? le zoo devra t-il abandonner son concept d'origine qui devait en faire un zoo "d'un genre nouveau" pour attirer des visiteurs ?
Beaucoup d'incertitudes pour le zoo ...et les contribuables ! Et zéro souci pour les rois du béton grâce au PPP.
Quand nos édiles se rendront-ils enfin compte que les PPP (les cas sont nombreux) sont ruineux pour les collectivités qu'ils dirigent et très rémunérateurs pour les constructeurs qui se moquent de ce que "in fine" les contribuables devront éponger les dettes ?













http://www.fondation-droit-animal.org/documents/revue81.pdf