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Juriste en droit de l'animal .Coordinateur de EGALS (Educational Group for Animal Law Studies- http://egals.university/).Chargé d'enseignement en droit de l'animal /Université de Strasbourg. Membre du Steering Committee du GAL Project(https://www.globalanimallaw.org/interviews/jean-marc-neumann.html)

jeudi 5 juillet 2018

La seconde mort de Lili la petite Jack-Russel

Le 18 mars 2018 à Haguenau,ville où je réside, un homme de 62 ans,après avoir frappé et menacé son épouse avec son couteau, s'est précipité sur Lili la petite Jack-Russel du couple qui manifestement cherchait à défendre sa "maitresse". 
L'homme a alors égorgé puis éventré la chienne dont les aboiements l'énervaient.
La femme entretemps avait réussi à prendre la fuite en robe de chambre et à se réfugier au commissariat de la ville.
La police après s'être rendue sur place a pu constater l'état "second" de l'auteur des faits qui s'est ensuite barricadé dans une pièce.
Le RAID a été appelé en renfort pour déloger l'individu. 
C'est au moment où les renforts arrivaient sur place qu'il a jeté Lili par la fenêtre. Elle était encore en vie mais son état a ,hélas, nécessité son euthanasie immédiate.
Cinq policiers ont été blessés lors de l'opération; l'individu avait menacé de les tuer et s'en était pris à eux à plusieurs reprises.
Après son interpellation, il a été placé d'office durant 5 semaines en hôpital psychiatrique.

L'auteur des faits a comparu hier 4 juillet 2018 devant le Tribunal correctionnel de Strasbourg.Il a été incapable d'expliquer son comportement qu'il estime du à un" coup de folie".
Selon le quotidien régional "Les Dernières Nouvelles d'Alsace"(édition du 5 juillet 2018 page 16) il aurait déclaré "J'étais dans un tel état...je ne me souviens pas".
Il est vrai que le mélange auquel il se livrait habituellement semble t-il (jusqu'à 15 joints par jour  + alcool + médicaments) ne devait pas lui permettre d'avoir les idées bien claires.

La procureure de la République  Mme Toillon a émis l'hypothèse d'un "bad trip" pour expliquer ce geste et aurait déclaré (selon les propos rapportés par "Les Dernières Nouvelles d'Alsace") que, je cite, "A l'arrivée sa femme s'en est plutôt bien sortie"....

Le tribunal a condamné l'auteur à:

a) 18 mois de prison avec sursis
b) se soigner avec mise à l'épreuve
c) indemniser les policiers blessés
d) verser 300 Euros de dommages-intérêts à One Voice et à la Fondation Assistance aux Animaux qui toutes deux s'étaient constituées parties civiles.
e) ne plus,de façon définitive, détenir d'animal.

Ce jugement plutôt clément n'a pas réellement pris en compte l'acte de cruauté exercé sur Lili.
La petite chienne est restée en second plan...une victime collatérale en quelque sorte.
Cela,ajouté à la clémence de la condamnation, constitue de mon point de vue une seconde mort pour Lili. 
La condamnation prononcée est principalement motivée par le "pédigrée" de l'individu et les actes de violences exercés à l'encontre de sa femme et des policiers.
Certes, l'individu semblait être dans un état second lors des faits mais ne faut-il pas un jour que la Justice considère nécessaire pour tout citoyen d'agir de façon responsable et d'assumer ses actes (hormis les cas d'irresponsabilité pénale) ?

Le fait de prononcer l'interdiction définitive de détenir un animal était évidemment nécessaire mais je doute qu'elle soit efficace puisque la femme vit toujours avec son mari et aurait annoncé qu'elle envisageait à nouveau,mais pas tout de suite, de reprendre un autre chien...

A la lumière de ce triste fait divers, je constate, une fois de plus, que les cas d'actes de cruauté exercés à l'encontre d'un animal ne font que (trop) rarement l'objet de condamnations sévères avec de la prison ferme; dans les cas où une peine d'emprisonnement ferme ou avec sursis intervient celle-ci s'explique souvent par d'autres circonstances: violence à l'égard de proches, de policiers ou du voisinage, individu déjà connu des services de police, etc.

Beaucoup se sont réjouis récemment, suite à la modification du code civil intervenue en 2015 (Article 515-14 qui reconnaît désormais l'animal comme un être vivant doué de sensibilité) de condamnations pénales plus lourdes... Je crois qu'il faut tempérer cet enthousiasme et bien examiner les circonstances de chaque affaire.

On y verra bien souvent d'autres circonstances qui motivent les condamnations plus sévères observées à juste titre.
Voici quelques jours, un homme,qui avait massacré son chien de 14 coups de couteau, a été condamné à 9 mois de prison ferme mais l'individu était surtout connu pour sa violence à l'égard du voisinage: voir http://www.leparisien.fr/val-d-oise-95/seraincourt-six-mois-de-prison-ferme-pour-avoir-tue-son-chien-de-14-coups-de-couteau-02-07-2018-7804425.php

Il est temps que la justice prenne vraiment la mesure du problème (actes de cruauté) et que les sanctions soient exemplaires.
Ce que nous dit cette affaire et celle récente évoquée ci-dessus, est que la violence à l'égard des animaux s'accompagne très souvent d'une violence à l'égard des humains.
Les deux doivent être sanctionnées de façon exemplaires. Il convient de ne pas être laxiste lorsque l'on est en présence d'un acte de cruauté sur animal.
Un tel acte n'est jamais neutre; il est au contraire révélateur d'une personnalité potentiellement dangereuse pour les humains.
Les magistrats disposent des outils nécessaires pour agir avec fermeté; ils peuvent prononcer des peines de 2 ans ferme et 30'000 Euros d'amende.
Ils ne le font que de manière tout à fait exceptionnelle. Dommage.
Il me semble indispensable de bien former les magistrats au droit animalier et de les inciter à une meilleure prise en compte de la souffrance animale.
Tant que cette prise de conscience n'interviendra pas les animaux souffriront.

Pauvre Lili...