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Juriste .Coordinateur de EGALS (Educational Group for Animal Law Studies- http://egals.university/).Chargé d'enseignement en droit de l'animal /Université de Strasbourg. Président de TELAS Conseil -Consultant en protection animale et formateur. Profil complet sur https://www.linkedin.com/in/jean-marc-neumann-b634bb179/

dimanche 3 juin 2018

Bien-être animal en France ou la realpolitik d'Emmanuel Macron

Au lendemain des débats à l'Assemblée Nationale le 27 mai dernier dans le cadre de l'examen du projet de loi EGalim , de nombreux animalistes et "amis" des animaux se sont réveillés avec la gueule de bois. 

Les réseaux sociaux se sont soudainement et instantanément transformés en exutoire pour de nombreux internautes: des centaines de tweets rageurs, de "posts" incendiaires, de "billets"au langage plus ou moins maitrisé ont été publiés contre Emmanuel Macron, son ministre de l'agriculture et plus encore contre les députés de sa majorité. Tous des "salauds", des "vendus",des "bourreaux",etc.

Certes la déception voire la colère sont justifiées. Mais la colère n'est guère bonne conseillère en la matière.

En effet, depuis l'accession au pouvoir d'Emmanuel Macron en mai 2017, nous n'avons pas eu l'occasion de nous  réjouir d'une quelconque avancée au plan du bien-être animal: opération "séduction" en faveur des chasseurs (permis au coût bradé, soutien à la chasse à courre, réintroduction des chasses présidentielles) , rejet de tous les amendements améliorant le bien-être animal dans l'agriculture et dans les abattoirs (Loi EGalim) , plan loup décevant qui ne satisfait ni les éleveurs ni les protecteurs de la nature, annulation de l'arrêté "cétacés" par le Conseil d'état et nouvel arrêté qui peine à sortir et qui, en tout état de cause, constituera un recul par rapport aux dispositions de celui annulé)….bref, il n'y a vraiment pas matière à se gausser de l'avancée de la cause animale en France alors que 2015 avait créé un formidable espoir avec la reconnaissance de la sensibilité animale dans le code civil.

La France se fait désormais "damer" le pion par la province de Wallonie en Belgique qui a été particulièrement audacieuse très récemment avec un code du bien-être animal qui constitue une réelle avancée.

Alors qui est responsable de cette situation et le retour à un certain "archaïsme" en France ?

Il est trop facile de pointer le doigt sur le président, son gouvernement et sa majorité. 

Certes, ils sont,dans les faits, les promoteurs et auteurs de cette situation mais avec la complicité passive de nous tous.

Il n'aura échappé à personne qu'il n'y a plus, en France, ni opposition politique crédible, ni capacité de mobilisation des citoyens. 

Cela affecte non seulement la cause animale mais plus largement toutes les causes sociétales (droit du travail, retraites, droits des chômeurs, handicapés, sécurité alimentaire, soins, etc.).

Aucune cause, même celles qui a priori devraient toucher davantage les citoyens, ne mobilise actuellement . Les cortèges de manifestants sont clairsemés.

En fait, nous avons perdu en France toute capacité d'indignation et de mobilisation (nous sommes loin de réunir 40'000 manifestants comme en Espagne il y a quelques jours contre la corrida !) . 

Nous préférons désormais confortablement  installés dans nos canapés partager des articles, des tweets et mettre des "like" à des posts sur Facebook  et signer des pétitions .

C'est bien mais cela ne modifiera aucunement les équilibres (ou plutôt le déséquilibre entre les lobbys et les partisans de la cause animale)..;et surtout cela n'est pas de nature à motiver le pouvoir à en tenir compte.

85 % des citoyens sont(selon un sondage) "pour" l'installation des caméras dans les abattoirs. 
Super ! so what ? 

Le 27 mars dernier l'assemblée nationale a voté contre...et alors quelle réaction dans le public ? est-ce que les 85 % de citoyens sondés sont allé dans la rue pour manifester ? non. Seule réaction : des centaines de tweets pour traiter les politiques de lâches, de vendus, de bourreaux etc.

Emmanuel Macron est un homme politique intelligent, pragmatique et fin tacticien. 

Il sait très bien qui peut servir son dessein présidentiel et asseoir son pouvoir; Il fait des cadeaux aux chasseurs non pas parce qu'il aime les chasseurs et déteste les animaux mais parce qu'ils ont un poids économique et électoral; ce sont des électeurs potentiels majoritairement tentés ou sensibles actuellement au discours du Front National  (Env.40% du vote chasseur selon le président de la FNC Willy Schraen).

Il est naïf de penser que les femmes et hommes politiques sont sensibles à une cause pour des raisons éthiques.

Ils ne se mobilisent pour une cause que s'ils perçoivent que cette cause est largement soutenue par les citoyens. Or, qu'on veuille l'admettre ou non, la cause animale est loin de fédérer une part importante de la population. 

Il n'est dès lors pas étonnant qu'Emmanuel Macron, son gouvernement et ses députés privilégient les intérêts de ceux qui peuvent contribuer au maintien en place de la majorité et au succès de ses projets. 

C'est ce que l'on appelle la realpolitik.

Outre les citoyens peu mobilisés par la cause animale (au moins au niveau de l'action), l'atomisation du mouvement animaliste et plus largement  de la protection animale n'aide aucunement à ce que la cause animale progresse et puisse constituer un réel contre-pouvoir face aux lobbys. 

Des "agendas" différents, des egos à soigner, des adhérents à séduire, aucun leader qui puisse porter la cause au devant de la scène médiatique.

En fait ,et il faut le regretter,le mouvement animaliste vit très majoritairement en vase clos. 

On  cultive un certain "entre-soi", on fréquente les mêmes soirées, les mêmes salons, conférences et colloques. Une sorte de communautarisme qui a des aspects "sympa"(dont les membres sont considérés largement- à tort certes- comme des bobos) mais dont les membres, malheureusement, n'ouvrent  pas suffisamment leurs  bras et leur esprit à un public plus large pour qu'ils les rejoignent dans la défense des intérêts des animaux. En somme, tu n'es pas végane ou pas au moins végétarien et tu n'es pas un ami des animaux...discours trop réducteur en fait.

Cela fait des années que je fréquente et que j'interviens dans des colloques et conférences que ce soit en France ou à l'étranger ; j'y rencontre souvent les mêmes personnes tant du côté des intervenants que des participants. C'est dommage et cela montre à quel point ce cercle est petit et relativement fermé. Peu ou trop peu de nouvelle "têtes".

Le mouvement ne parviens pas à attirer un nombre significatif de nouveaux sympathisants et encore moins une part importante de la population. C'est un constat.

Il y a davantage (au moins deux fois plus; 2 millions contre 1 million) de végétariens et véganes que de chasseurs… et pourtant, qui est plus efficace et pourquoi ? d'un côté ,unité des chasseurs, poids économique plus facile à déterminer et ils ont l'oreille des politiques car ils représentent un poids électoral très courtisé. 

De l'autre côté, des amis des animaux trop disséminés, sans leader, sans programme clair et partagé, bref rien qui puisse constituer un contre-pouvoir face aux lobbys et jouer un rôle significatif lors des élections. 

Bien sûr, nous avons vu l'émergence du parti animaliste (qui a fait un "bon" score lors des dernières élections législatives), la publication de dizaines d'ouvrages sur les animaux et des ouvrages de droit animalier (3 en deux ans !) et surtout le très remarqué code de l'animal du Prof. Marguénaud en mars dernier. Bien sûr L214 a fait un travail formidable en révélant des vidéos choquantes sur les traitements inacceptables des animaux dans certains abattoirs qui ont ébranlé les citoyens et fragilisé la filière. 
Bien sûr 269Libération animale a lancé des actions très médiatisées de résistance citoyenne pacifique au sein des abattoirs au prix de plusieurs procédures pénales qui exposent ses leaders à des condamnations privatives de liberté dans la quasi-indifférence. 

Toutes ces actions sont encourageantes mais insuffisantes pour gagner à la cause une part significative des citoyens et ainsi inverser le cours de la politique mise en œuvre.

La cause animale ne parviendra à ses fins que si elle est en capacité  d'élargir la portée de ses actions, à séduire une part significative de la population en s'unifiant, en parlant d'une seule et forte voix , en ayant un véritable leader, en adoptant une stratégie efficace, en ayant un vrai projet réaliste et en lançant des actions de terrain notamment au plan éducatif.

Ce billet ne se veut pas pessimiste mais réaliste. Il ne doit pas démoraliser mais au contraire remobiliser les acteurs de ce combat pour un avenir meilleur pour nos cousins à poil, à plume, à écailles.

Animalement vôtre,




samedi 2 juin 2018

Slovaquie: l'animal n'est plus une chose mais devient une créature vivante

La Slovaquie,petite république d'Europe centrale fait, à son tour,évoluer sa législation sur les animaux.
A compter de septembre 2018, les animaux seront considérés comme des "créatures vivantes" et non plus comme des choses.
Ce changement adopté par le parlement slovaque le 26 mai 2018 résulte de la modification de la loi relative à l'exercice de soins vétérinaires.
"Il s'agit d'un pas historique vers l'amélioration du statut des animaux dans notre pays" a déclaré la ministre slovaque de l'agriculture et du développement rural Gabriela Matečná .
Selon la nouvelle définition des animaux, dans le code civil, ces derniers bénéficieront d'un statut spécial en leur qualité de créatures vivantes capables de percevoir le monde avec leurs propres sens . Les dispositions relatives aux biens meubles s'appliqueront aux animaux sauf si cela venait à contredire la nature de l'animal en tant que créature vivante.
Les inspecteurs vétérinaires auront le droit de pénétrer sur un terrain sans que cela requiert la présence de la police dès qu'il y a suspicion de maltraitance animale. Ils seront autorisés à saisir les animaux si ces derniers sont maltraités par leurs propriétaires.

Source: 

https://spectator.sme.sk/c/20836675/animals-get-the-status-of-living-creatures-in-slovakia.html

lundi 28 mai 2018

Bien-être animal, encore un rendez-vous raté !


Projet de loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole
et alimentaire et une alimentation saine et durable

Hier soir il ne fallait surtout pas manquer les débats à l'assemblée nationale qui n'ont pu décevoir que les naïfs. Un sommet de propos grotesques et caricaturaux souvent.

Une fois de plus la France n'aura pas su être au rendez-vous ;une fois de plus l'immobilisme, la frilosité, l'influence des lobbys,la mauvaise foi, le manque de courage politique auront eu gain de cause.
Nous savions déjà que notre gouvernement n'était guère à l'écoute des sujets relatifs au bien-être animal et les débats au cours de la semaine écoulée et notamment hier soir à l'assemblée nationale n'ont pas révélé de vraie (bonne) surprise.
Oui aujourd'hui la tristesse et la colère dominent. Par le rejet de toute évolution quant au bien-être animal ce ne sont pas seulement les animaux qui y perdront mais tous les acteurs des filières concernées.
Les filières sont déjà sous perfusion depuis des années et se dirigent inexorablement vers leur disparition ...au lieu d'opérer rapidement une mutation des secteurs en crise en accompagnant tous les acteurs concernés vers une reconversion ,le gouvernement et les filières préfèrent le statu quo et signent ainsi (s'il le fallait encore) la disparition douloureuse à court terme de très nombreuses exploitations, de dizaines de milliers d'emploi et de centaines de millions d'animaux.

A force de ne pas être à l'écoute des évolutions sociétales, à force de fermer les yeux en rêvant d'un monde voué à disparaître,à force de croire que l'on peut impunément continuer à cacher la réalité de l'élevage et des abattoirs, à force d'invoquer comme un mantra qu'il faut faire confiance aux filières (la confiance n'exclut pas le contrôle...) ,à force de se convaincre que tout va bien en France, les professionnels vont droit dans le mur.

Les "responsables"politiques au pouvoir et les professionnels pensent-ils sérieusement qu'il suffit de jeter la couverture sur cette réalité dénoncée depuis des années par différentes associations notamment L214 et d'énoncer quelques mesures gadget pour satisfaire la société ?

J'aime citer John F.Kennedy qui disait que "ceux qui rendent une révolution pacifique impossible rendront une révolution violente inévitable"....

Quelles mesures ont été finalement adoptées hier soir en vue de l'amélioration du bien-être animal ?

En fait aucune.

Pas d'encadrement de la durée de transport maritime des animaux vivants, les poules resteront en cage, les lapins n'auront que leurs beaux yeux pour rêver d'une vie sans cage, les porcelets continueront à être castrés à vif, les porcs continueront à être gazés, les poussins mâles seront toujours broyés vivants,l'abattage pourra toujours être pratiqué sans étourdissement,pas d'installation de caméras vidéo dans les abattoirs...bref, aucune évolution.

Quelques "mesurettes" :

- l'interdiction des cages pour les poules pour les nouvelles installations (alors qu'aucune nouvelle installation n'a été créée au cours des dernières années...);

- expérimentation pendant une durée de 2 ans de la vidéosurveillance (aux postes de saignée et de mise à mort)  dans les abattoirs volontaires et sous réserve de l'accord des représentants du personnel...Les vidéos seront consultables "en interne à des fins "d'autocontrôle" et par les services vétérinaires. Mais diantre, quels abattoirs seront volontaires ? les quelques uns qui seront volontaires(encore faudra t-il les trouver) seront nécessairement ceux qui sont les moins mauvais, non ?

- le doublement des sanctions en cas de mauvais traitements (1 an de prison et  15'000 euros d'amende) + création d'un délit de mauvais traitement dans les abattoirs et en cours de transport;

- dans chaque abattoir un responsable de la protection animale devra être désigné;

- les lanceurs d'alerte seront protégés;

Voila...que dire de plus ?

La transparence aurait eu des conséquences positives tant pour les filières que pour les animaux mais c'est le choix inverse qui a présidé aux débats.
Les animaux continueront à souffrir au nom de la survie de filières vouées à disparaître.
L'excellence française tant vantée lors des débats est un mythe.
La France se serait honorée d'être, pour une fois, à la pointe de l'évolution en matière de bien-être animal. Occasion manquée. Triste soirée.


Texte du projet de loi initial: 

http://www.assemblee-nationale.fr/15/projets/pl0627.asp



dimanche 27 mai 2018

CONFERENCE INTERNATIONALE EGALS 18-19 SEPTEMBRE 2018 A TURKU FINLANDE

Ne manquez pas la présence exceptionnelle de Steven Wise président du Non Human Rights Project qui viendra des USA pour nous présenter son projet !

Programme de la conférence annuelle organisée par EGALS (Educational Group for Animal Law Studies) qui se tiendra cette année à l'université de Turku en Finlande :

Wednesday 19 September
Seminar at Åbo Akademi University, Domvillan, Gezeliuksenkatu 2.
9.00 a.m. – 5 p.m.
 
Opening

9.00-9.30 Current Animal Law Teaching Dr. Birgitta Wahlberg Åbo Akademi University
9.30-10.30  Guest Speaker    President NhRP Steven Wise    

Session I  

10.30-11.00     Moving from Legal Thing to  Legal Person: evolution of the legal status of animals in France   Jean-Marc Neumann  Coordinator and Executive Secretary EGALS

11.00-11.30     The Evolving Legal Status of Non-Human Animals: What Implications
for Human Rights Law?
Dr. Joe Wills  University of Leicester

Lunch
11.30-12.30


Session II

12.30-13.00 Reimagining Animal Law  PhD Tero Kivinen
Helsinki university
13.00-13.30 At the intersection of science, law  Sacha Lucassen
and ethics - animal law as a multi- LL.M. in Animal Law and Society disciplinary academic program. Denmark

Session III        

13.30-14.00 Title still open    Tier Im Recht, Switzerland
14.00-14.30 Empirical research on animal
welfare offenses in Finland  University in Eastern Finland 
Dr.Tarja Koskela

13.30-14.00 coffee break

Session IV

15.00-15.30  Title still open    Dr. Visa AJ Kurki
Helsinki university
  
15.30-16.00  Global Animal Law:   Dr Sabine Brels, LL.D,
Project & Perspectives   Global Animal Law (GAL) project
Cofounder & Manager

Seminar Summary
16.00-17.00  J.D. Pamela D. Frasch
Associate Dean of the Animal Law Program, Executive Director of the Center for Animal Law Studies at Lwis & Clark Law School
Title still open
Summary by Birgitta Wahlberg
Discussion

COLLOQUE "L'ANIMAL ET L'HOMME" 11/12 OCTOBRE A BREST

Un colloque à ne pas manquer les 11/12 octobre à l'Université de Bretagne Occidentale à Brest (Grand Amphi). Colloque sous le Haut patronage de Nicolas Hulot et de Nicole Belloubet
Le rapport de synthèse sera confié à Jean-Pierre Marguénaud.
Pour en savoir plus rendez vous sur le lien ci-après :


https://www.univ-brest.fr/lab-lex/zoom_sur/L_animal-et-l_homme.cid169082

L'animal comme être vivant et non-violence 2018